samedi 11 avril 2009

Von Magnet - Ni Prédateur Ni Proie


Cinématographique. Von Magnet, collectif musicalo-ethno-dansant français portant l'étiquette d'electro-flamenco sévissant depuis 1985 sur les scènes françaises, nous propose ici son dernier cru. Rien de flamenco dans cet album, mais plutôt un gros mix electro/tribal/indus.

Ce disque est une véritable aventure, visuelle et musicale. Tout au long de l'album, on nage en contrée principalement moyen-orientale, de part les ambiances arabisantes tout au long du disque, aux relents tribaux grâce aux beats mystiques le tout sous une ambiance cinématographique. L'album se dessine sous les formes d'un hommage au film Kedma de Amos Gitaï (film narrant l'arrivée d'immigrants rescapés de la Seconde Guerre Mondiale en Palestine), les samples du film côtoyant ceux de Requiem for a Dream ou de Lynch. Entre electro rythmée et indus dansant, le collectif livre une œuvre au cœur du monde et incroyablement moderne; modernité résidant essentiellement dans le métissage des ambiances et la richesse des atmosphères, je ne peux m'empêcher de penser à Ah Cama Sotz voire même Muslimgauze lorsque les percus s'envolent. A bon entendeur...

Wolves in the Throne Room - Malevolent Grain EP


Contemplatif. Voilà comment résumer en un mot ce nouvel EP de wittr. Sans chercher à prouver quoi que ce soit, le groupe évolue et semble bien s'etre trouvé le temps de cet EP. Le musique de wittr se fait de moins en moins Black Metal avec le temps, laissant le champ libre aux expérimentations et autres digressions mélodiques.

2 titres composent cet EP, deux titres en opposition, à l'image du jour et de la nuit. Le premier titre, A Looming Resonnance résume le précédent album, Two hunters en 13 minutes : nappes ambiantes, mélodies lancinantes et riffs teintés de mystiscisme le tout saupoudré par la voix de Jessika, envoûtante et rassurante. Leur identité n'est plus à prouver, et la capacité à ralentir leur black metal afin de laisser éclater les ambiances, tantôt lumineuses, tantôt désespérées prend ici toute son ampleur. Contemplatif, Hate Crystal, le second titre, l'est déjà moins. Morceau Black de l'EP, plutôt linéaire mais à l'atmosphère étouffante et mélancolique se pose en signature du groupe.

Malevolent Grain est surement la production du groupe la plus personnelle sans être la plus inspirée. Les pvristes pourront s'abstenir.

mardi 24 mars 2009

Jument - Plate X


Il arrive parfois qu'une écoute hasardeuse de la musique, dans son sens le plus général, réserve son lot d'agréables surprises, et ce Plate X du jeune étalon prénommé Jument ne déroge pas à la règle, d'autant plus surprenant de la part d'un groupe issu d'une petite bourgade américaine, Boise dans l'état de l'Idaho aux Etats-Unis d' Amérique. Sorti tout d'abord dans le cadre restreint de l' autoproduction en 2008 pour la modique somme de 5 dollars via leur myspace, le dit album va bientôt se voir rééditer sur le label français, Trendkill recordings. Ce qui est une excellente nouvelle, les groupes de cette acabit se faisant plutôt rare.

A l' écoute des 7 titres de Plate X, on sent que les influences, palpables au premier abord, ont été finement digérées et régurgitées, donnant ainsi naissance à une matière nouvelle, bâtarde et difficilement classable. On pense de suite à Neurosis pour l'aura Postcore qui s'en dégage et Meshuggah pour l'utilisation de certains accords, cependant il serait stérile de tenter de comparer Jument avec les dits groupes tant la musique distillée par jument fait figure d'outsider. Tenter de catégoriser leur musique se révèle peine perdue et il est d'autant plus compliqué de la définir, postcore ?, mathrock ?, certainement tout cela à la fois voire au-delà même, preuve qu'en ce début d'année 2009, on est encore très loin d'avoir fait le tour de la question.

Le combo fait preuve d'une liberté et d' une créativité déconcertante pour une première production de cette envergure, chaque morceau se révèle imprévisible: « Posterior Transverse » et « Branches Above » en tête, évoluent entre cassures rythmiques, riffs destructurés dont émergent souvent de discrètes mélodies comme sur la plupart des autres morceaux. Sonnant proche du rock indie, ces mélodies n'arrivent jamais comme un cheveu sur la soupe mais d'une manière subtile et succincte qui se laisse porter par le son naturel des guitares. Le son, un des éléments majeurs de cet album, enracine sa force dans le fait que celui-ci se veut chaud et relativement ouvert ce qui contre balance diamétralement avec le chant à l' étouffé, ancré dans le sillage Post-hardcore, monocorde et linéaire donnant à l'ensemble plus qu'un fil conducteur, une continuité.

Par conséquent cet alliage paradoxal du miel et du vinaigre affine le caractère de cet album, à la fois robuste et tendre, il s'en dégage une certaine sensibilité, une émotion qui bien au contraire ne plombe jamais l'ambiance mais prête à sourire. L'album s'achève sur un morceau de taille « Where Pelicans Go To Die » de 26 minutes. Très certainement le morceau le plus accessible de l'album dû notamment à l'apparition d'un chant féminin qui, bien qu'il soit maitrisé, rend ce début de morceau un peu trop mièvre. Un final qui ne cesse de progresser tout en décrescendo et qui prouve que Jument a plus d'un tour dans son sac, tour à tour électrique, puis acoustique, l'album se clôt sur des sonorités métalliques et cristallines avec pour fond sonore un rire moqueur synonyme d'avertissement.

Vous l'aurez bien compris, cet album est une véritable surprise, Jument brouille les pistes et joue la carte de la richesse en diversifiant les textures et les reliefs sonores. Un album riche et dynamique qui peut laisser perplexe à la première approche mais qui au fil des écoutes délivre tout son sens et toute sa saveur, reste à attendre un prochain effort pour confirmer le potentiel du groupe.

samedi 21 mars 2009

Kylesa - Static Tensions


Non, Hard-Waves n'échappera pas à la petite hype du moment dans le monde du rock bien gras des familles. Surtout vu la qualité du présent album. Tout sur ce disque est une réussite, du jeu de batterie en duo aux riffs de guitare faisant toujours mouche en passant par les mélodies de voix. Au programme, passages rock énervé et grassouillet à tendance métal des bayous, breaks rappelant le Mastodon dernière période pour le jeu des six-cordes, envolées à portance psychédélique nous ramenant au Floyd période A Saucerful Of Secrets (oui vous savez, quand le groupe portait encore dignement l'appellation de psyché rock). Le tout formant un savant mélange ultra addictif et potentiellement "rentre dans la tête".

Ah oui, j'entends aussi du Sabb Four, particulièrement sur la piste Running Red, à tel point que, si cela n'avait pas été si bien maîtrisé et ingéré, on aurait pu hurler au scandale à tendance plagiatif. Reste aussi selon moi LE tube de l'album, Almost Lost.

Un petit tour sur la platine et puis retour à la première piste pour quarante nouvelles minutes de dénuquage.

mardi 3 février 2009

Grouper - I'm Dragging a Dead Deer Up a Hill


Fort de deux albums, Grouper nous revient avec un album au style plus épuré qu' à l' accoutumé, donnant autrefois dans le drone et l' ambient à proprement parler et lorgnant désormais vers des arrangements folk plus traditionnels, composé vraisemblablement entre deux siestes.

A l'écoute de ce I'm dragging a dead deer up a hill, on ne peut s'empêcher de comparer ce nouvel album à July Skies pour ses compositions à la fois douces et amères ou bien encore à My bloody valentine, pour la voix, qui se veut distante et angélique. Cependant la comparaison s' arrête là, la musique de Grouper demeure singulière. Au fil des morceaux, des paysages nous apparaissent tantôt ensoleillés tantôt d'une beauté ténébreuse ( I' m dragging a dead deer up a hill) qui nous mènent vers « Le sentier redécouvert où sont resté gravés les pas perdus de l'enfance ». Une citation de Kundera qui prend tout son sens au fur et à mesure de chaque écoute tant les compositions du groupe procurent à l'auteur un sentiment de nostalgie teintée de joie et de tristesse, le désir inassouvi de pouvoir retourner autre que par le souvenir.

Des compositions qui oscillent entre folk songs des plus inspirés ( Fishing bird, Heavy water / I' d rather be sleeping) et minimalisme (stuck, traveling through a sea) soutenu par une voix d'une étrange beauté semblant venir d'ailleurs et qui souligne le lyrisme dont regorge la moindre note, le moindre accord. Une voix qui semble être le fil conducteur de cette rêverie tout en demi-teinte entre douceur fragile et mélancolie. La réverb n' égratigne jamais l'oreille, elle se veut accueillante, arrondie et chaleureuse. Un écho qui nous transporte dans un état de bien-être proche de la léthargie qui se confirme sur le très fataliste, When we fall, et qui se décuple dans les trois dernières pistes de cet album, qui voit sa progression ralentie d'une bien belle manière. Le très ambient ,Wind and snow, qui trouve son acheminement sur un We've all gone to sleep, morceau tout en retenu synonyme à la fois de fin d'album et de fin de voyage.

Grouper nous livre ici un album homogène, le plus organique à ce jour, aux compositions simples mais efficaces, une véritable célébration de la nature dans ce qu'elle a de plus poétique à offrir, sans jamais tomber dans le pathos. Des mélodies qui provoquent chez l'auditeur un état d'apaisement, une aspiration à la rêverie et un fort ressenti. Un joyau brut qui nous bouleverse et qui plus est une bande sonore parfaite à des souvenirs déjà lointains...

lundi 2 février 2009

Wire - Pink Flag




Wire distille sur ce premier opus un punk-rock incisif allant droit au but, sans aucun temps mort (l'album compte 22 morceaux pour une durée totale de 36 minutes). Leurs compositions oscillent entre un côté loufoque et bancal très plaisant (Three Girls Rhumba, Mannequin), et des compositions plus sérieuses (Reuters, Ex Lion Tamer).

Je ne peux m'empêcher de penser aux Dead Kennedys pour certaines intonations de voix ou aux Ramones pour le côté minimaliste des compositions (1 2 X U, Surgeon's Girl), minimalisme jamais au détriment de l'efficacité et du potentiel de tapage de pied en rythme.

Le rythme se fait toutefois par moment plus pesant, le tempo ralentissant et la gravité du propos augmentant (Lowdown, l'éponyme Pink Flag au final dantesque), signe des changements prochains que subira la musique du groupe. La piste Strange, portant très bien son nom, est aussi un exemple d'O.V.N.I. au sein de cet album, au son de guitare fuzzé et crépitant et aux samples étranges et inquiétants.

Pink Flag est donc, en quelque sorte, le bac à sable ayant servi à Wire de trouver ses marques et de poser sur table des bases qu'ils exploreront d'avantage par la suite.

vendredi 30 janvier 2009

Fugazi - Repeater + 3 Songs


Premier long effort du groupe originaire de Washington, DC fusionné au précédent EP "3 songs", Repeater + 3 songs fait tout simplement office d'album à posséder coûte que coûte pour qui s'intéresse de près ou de loin à la scène Rock en général.

La basse et la batterie forment le socle musical de la musique de Fugazi sur lequel viennent se poser les mélodies tantôt dissonantes (Repeater), tantôt faussement naïves (Merchandise) des deux guitares, ces dernières distillant aussi leurs riffs acérés au son typiquement 90's, son creusé dans le bas du spectre donnant du mordant à un crunch peu distordu comparé à la production actuelle. Cette caractéristique apporte au son une dynamique très élevée.

La basse, très chaude et ronde (Turnover, Brendan #1), quelquefois claquante (Sieve-Fisted Find), associée aux rythmes de batterie bien sentis et leur omniprésence dans le mix nouent une parenté avec le post-punk tandis que les voix nous rappellent d'où vient Ian MacKaye avec cette sensibilité hardcore présente en trame de fond (Styrofoam). Sensibilité hardcore s'estompant parfois pour laisser paraître des sonorités emo (Blueprint, Shut The Door). Le groupe nous gratifie même de passages noisy que ne renieraient pas les membres de Sonic Youth (Reprovisional) ou d'une musique à la limite du math rock (Brendan #1).

Telle est la musique de Fugazi sur ce 33 tours, un melting pot d'influences parfaitement digérées et de parties musicales très personnelles et reflétant le background musical des musiciens, le tout dosé à la perfection.

Nous sommes en 1990, et Fugazi dépose une pierre angulaire du post-hardcore et de l'indie-rock à venir durant la décennie. Un album culte et intemporel.